Mon travail tente de dessiner les contours de notre présence au monde. Du monde lui-même. De son chaos.

Mes recherches se déploient essentiellement à travers le son et la vidéo, parfois le dessin et la photographie. Des travaux de différentes formes gravitent donc au sein de cette tentative de cartographie du réel. Il y a pour moi une justesse de la forme au regard de chaque projet. Chacun d’entre eux revêt une existence autonome, même s’ils entrent en résonance les uns avec les autres. Il s’agit de dire notre contingence brute au milieu du monde et la résistance du réel. Mes installations, vidéographiques et sonores ou purement sonores, sont ponctuées en filigrane par un sentiment d’écart au réel. C’est ce point d’inquiétude et de suspens que l’on retrouve dans mon travail. Une forme d’inquiétude que je conçois comme une mise en tension des relations de l’homme au monde.
Mes dispositifs immersifs engagent la corporéité du spectateur. J’introduis des décadrages infimes et des glissements de données perceptives, afin qu’il éprouve notamment un trouble spatio-temporel. Ainsi ma pièce sonore « Deux droites parallèles se rejoignent à l’infini » est-elle constituée uniquement de voix de personnes distillant des rêves empreints d’inquiétude et des histoires liées à l’invisible. Des expériences particulières qui revêtent une résonance commune, donc. Cela me permet de dessiner une réalité humaine (et des espace-temps spécifiques) et de lui conférer les formes d’une représentation. Une certaine tension est alors donnée à voir et/ou à entendre. C’est cette tension-là qui fait glisser la réalité vers les différentes strates – parfois intangibles- qui la constituent. A cet égard, «On ferait mieux de parler d’aveugles tout court» (pièce visuelle et sonore en 3 parties) est une lente expérience rétinienne poussée jusqu’à sa dissolution et qui se mue en une traversée sonore âpre, une voix seule s’élevant dans l’obscurité à la fin. Dans « C’est un bruit qui est là, qui permet de respirer on dirait... », le spectateur se trouve dans une pièce obscure, au milieu de laquelle un film (deux hommes se livrant à une lutte étrange jusqu’à épuisement) apparaît en lévitation. La ritournelle visuelle et sonore est déclenchée par une platine vinyle, véritable « machine » autonome dont le disque tourne à l’envers, jusqu’au vertige. L’image se modifie au fil de l’usure du vinyle.
C’est dans cet écart au réel que se noue mon travail. C’est à cet écart-là que je tente de donner une forme au travers de différents media et dispositifs. Et par là même, d’appréhender le réel.

My work tries to draw up the outlines of our presence in the world. The world itself. Its chaos.

My research essentially takes shape through sound and video, sometimes in drawing and photographs.
My works of art, in different forms, all gravitate towards this attempt to create an understanding of what is real. My work expresses our raw contingency in the midst of this world and the resistance to reality. My video and/or purely sound installations infer a feeling of remoteness from the real. We can find a feeling of distress and of suspense in my work. This distress takes form in the tension that exists in Man’s relationship with the World.

In my works, I introduce very small changes and shifts in perception, so that the audience feels a sense of disturbance between space and time. For example, my sound installation: "Deux droites parallèles se rejoignent à l'infini" ("Two parallel lines meets at infinity") is created solely from voices which come out of the dark and which recount dreams filled with worry and stories about invisible worlds. These are personal experiences, which have a universal dimension. This is a way of speaking about a human reality (in specific time and space) and to give it form. So, a certain degree of tension can be seen and/or heard in my installations. It is this tension, which shifts reality towards the different, “sometimes intangible” strata, which make up this reality. My sound and visual piece in 3 parts "On ferait mieux de parler d’aveugles tout court" ("Wouldn’t it be better to simply talk about the blind?") is a slow retinal experience that disappears into a harsh sound experience, with only one voice emerging out of the darkness at the end. In my sound and video installation "C’est un bruit qui est là, qui permet de respirer on dirait..." ("It is a noise which is there, which enables one to breathe, it would seem..."), the audience finds itself in a dark room; a suspended screen mysteriously levitates in the space. This screen shows two men who fight and grip each other, until they fall into a trance like state. A vinyl record on a turntable-like “machine” sets off a short-film, which is repeated in a loop. The sound comes directly from the record on the “machine”. Over the period of the exhibition, this sound changes dramatically as the record wears out. The wearing down of the record also changes the projected image. The repetition of the visual and sound refrain generated by the machine (whose turntable turns from the centre outwards), eventually creates a feeling of vertigo.

My work tries to represent a feeling of distance from reality. I use different media and tools to attempt to give this distance a form, and it appears through the feeling of remoteness from the real. This feeling gives a clearer understanding of what is real.

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